Portugal vs Espagne : le grand comparatif pour expatriés français en 2026
Espagne ou Portugal ? Ces deux pays ibériques figurent systématiquement en tête des destinations privilégiées par les Français qui souhaitent s'expatrier en Europe. Ils partagent un climat enviable, une culture latine proche de la nôtre, des liaisons aériennes fréquentes et directes depuis les grandes villes françaises, et une certaine douceur de vivre. Pourtant, leur approche fiscale vis-à-vis des expatriés est radicalement différente, et le choix entre les deux peut valoir plusieurs dizaines de milliers d'euros d'écart annuel selon votre profil.
Ce guide compare les deux pays selon chaque dimension utile à un expatrié français : régime fiscal, imposition des pensions, revenus professionnels, plus-values, succession, coût de la vie, accès à la santé et visas disponibles.
Tableau comparatif général : Portugal vs Espagne
| Critère | Portugal (IFICI) | Espagne (Loi Beckham) |
|---|---|---|
| Régime fiscal spécial disponible | Oui — IFICI (ex-RNH) | Oui — Régime impatriés |
| Condition d'accès | Ne pas avoir été résident les 5 dernières années | Ne pas avoir été résident les 5 dernières années + motif professionnel |
| Taux d'imposition principal | 20% flat sur revenus portugais | 24% flat jusqu'à 600 000€ |
| Durée du régime | 10 ans | 6 ans (année d'arrivée + 5) |
| Pensions étrangères | 20% (ou exonérées selon convention) | Barème progressif standard |
| Dividendes étrangers | Exonérés sous conditions | Exonérés sous conditions |
| Plus-values | 28% standard ou exonération partielle | 19% à 28% |
| Barème progressif standard | 13,25% à 48% | 19% à 47% (IRPF) |
| Droits de succession | 10% droits de timbre (ligne directe exonérée) | 0% à 34% selon région |
| IFI équivalent | Aucun | Impuesto Patrimonio (0,2% à 3,5%) |
| Coût de vie (indice) | 65/100 | 72/100 |
Le régime IFICI (Portugal) vs la Loi Beckham (Espagne)
Le régime IFICI portugais : successeur du RNH
Le régime Résidents Non Habituels (RNH) a été supprimé fin 2023 et remplacé par l'IFICI (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), entré en vigueur au 1er janvier 2024. Contrairement à ce que son nom laisse entendre, ce régime ne s'applique pas qu'aux chercheurs.
Il couvre notamment :
- Les salariés et indépendants exerçant des activités à haute valeur ajoutée (liste officielle)
- Les investisseurs qualifiés
- Les startuppers et fondateurs de sociétés innovantes
Le taux applicable est de 20% flat sur les revenus portugais, pendant 10 ans non renouvelables. Les revenus étrangers de même nature sont exonérés si imposés à la source dans le pays d'origine.
Attention : le changement majeur par rapport à l'ancien RNH est que les pensions étrangères ne sont plus exonérées ou taxées à 10% — elles tombent dans le régime standard. Pour les retraités, le Portugal a donc perdu une grande partie de son attractivité initiale.
La Loi Beckham espagnole : pour les actifs qui viennent travailler
Le Régimen Especial para Trabajadores Desplazados (communément appelé Loi Beckham) offre un taux flat de 24% jusqu'à 600 000€ de revenus annuels, puis 47% au-delà. Il s'applique pendant 6 ans.
Condition impérative : vous devez vous installer en Espagne dans le cadre d'un contrat de travail avec une entreprise espagnole, ou en qualité de dirigeant d'une société espagnole, ou encore comme entrepreneur ayant créé une société espagnole.
Ce régime n'est pas accessible aux retraités, aux rentiers ou aux personnes sans activité professionnelle en Espagne.
Le cas des retraités
Pour un retraité français disposant d'une pension de 3 000€/mois (36 000€/an) :
| Scénario | Imposition annuelle | Taux effectif |
|---|---|---|
| France (barème standard) | ~5 400€ | ~15% |
| Portugal (régime standard) | ~6 000€ | ~16,7% |
| Espagne (IRPF standard) | ~8 500€ | ~23,6% |
| Italie (régime Rientro, 70% abattement) | ~2 700€ | ~7,5% |
Le Portugal et l'Espagne ne présentent pas d'avantage fiscal particulier pour les retraités aux revenus modérés à moyens. Pour une pension élevée (plus de 100 000€/an), l'Italie avec son option flat tax de 100 000€ ou les pays sans impôt sur le revenu deviennent plus pertinents.
Le cas des digital nomads
Pour un digital nomad français avec 60 000€ de revenus annuels (freelance, travail à distance) :
Au Portugal avec IFICI : Si votre activité figure sur la liste des professions éligibles (consultant IT, designer, ingénieur…), vous payez 20% soit 12 000€ d'impôt. À cela s'ajoute une cotisation sociale minimale si vous êtes indépendant.
En Espagne avec Loi Beckham : Si vous créez une structure espagnole ou obtenez un contrat local, vous payez 24% soit 14 400€ d'impôt. Mais l'Espagne propose aussi un visa digital nomad depuis 2023 qui facilite l'installation sans nécessairement exiger l'intégration à une société espagnole.
Pour un digital nomad sans employeur espagnol ni structure locale, la Loi Beckham sera difficile à obtenir. Le Portugal avec son visa D8 (digital nomad) et l'IFICI reste alors plus accessible. Consultez notre guide sur la fiscalité des digital nomads vis-à-vis de la France pour comprendre comment rompre correctement votre résidence fiscale française.
Le cas des entrepreneurs
Pour un entrepreneur souhaitant créer ou délocaliser son activité :
Au Portugal : La création d'une Lda (SARL portugaise) avec IS à 21% (17% sur les premiers 25 000€ de bénéfice). Les dividendes versés à un résident IFICI sont imposés à 20% au niveau personnel. La structure Portugal peut être très efficace si vous êtes réellement établi sur place.
En Espagne : La SL (Sociedad Limitada) est soumise à un IS de 25% (15% la première année rentable). Avec la Loi Beckham, les dividendes de source étrangère peuvent être exonérés, ce qui crée des stratégies de planification intéressantes pour les entrepreneurs internationaux.
Notre article sur l'optimisation fiscale pour entrepreneurs expatriés détaille les structures juridiques les plus utilisées.
Le cas des cadres salariés
Pour un cadre français muté ou recruté localement à 100 000€ annuels :
| Situation | Impôt annuel | Taux effectif |
|---|---|---|
| France (barème 2025) | ~28 000€ | 28% |
| Portugal (IFICI 20%) | ~20 000€ | 20% |
| Espagne (Loi Beckham 24%) | ~24 000€ | 24% |
| Espagne (IRPF standard) | ~38 000€ | 38% |
La Loi Beckham est significativement plus avantageuse que le barème espagnol standard pour un cadre, mais légèrement moins avantageuse que l'IFICI portugais. Le cadre muté par une entreprise française vers l'Espagne peut prétendre à la Loi Beckham facilement. Vers le Portugal, l'IFICI est conditionné à la nature de l'activité.
Succession et droits de transmission
Portugal : pas de droits de succession en ligne directe (conjoint, enfants). Un droit de timbre de 10% s'applique aux transmissions à d'autres bénéficiaires. Idéal pour protéger le patrimoine familial.
Espagne : les droits de succession varient considérablement selon la Comunidad Autónoma. Madrid et les Baléares appliquent des abattements quasi-totaux (quasi 0%). Mais la Catalogne ou l'Andalousie peuvent taxer jusqu'à 34%. Le choix de la région espagnole est donc crucial. Pour approfondir ce point, consultez notre guide fiscalité des Français en Espagne.
Impôt sur la fortune immobilière : avantage Portugal
L'Espagne dispose de l'Impuesto sobre el Patrimonio (taxe sur la fortune) qui s'applique sur le patrimoine mondial pour les résidents, avec des taux allant de 0,2% à 3,5%. Certaines régions offrent des abattements (Madrid à 100%), mais d'autres non. La richesse immobilière peut donc être lourdement taxée.
Le Portugal n'a pas d'impôt équivalent sur le patrimoine global. Pour les détenteurs d'un patrimoine important, c'est un avantage non négligeable. À noter que les non-résidents en France restent redevables de l'IFI sur leurs biens immobiliers français, quel que soit leur pays d'accueil.
Coût de la vie : Portugal toujours en avance
Malgré la forte hausse des prix immobiliers à Lisbonne et Porto, le Portugal reste globalement moins cher que l'Espagne dans les zones hors capitales. L'Algarve, l'Alentejo ou la région de Braga offrent un coût de vie attractif. En Espagne, Valence, Murcie ou l'Estrémadure restent abordables.
| Poste | Portugal (zone moyenne) | Espagne (zone moyenne) |
|---|---|---|
| Loyer appartement 2P | 800–1 100€ | 900–1 300€ |
| Repas restaurant moyen | 12–18€ | 15–22€ |
| Transport mensuel | 40€ | 45–55€ |
| Mutuelle santé privée | 100–150€ | 120–180€ |
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Visas et accès à la résidence
Portugal : Visa D7 (rentiers, retraités, télétravailleurs), Visa D8 (digital nomads), Golden Visa (investissement immobilier ou financier à partir de 250 000€). Le Portugal est très ouvert aux ressortissants UE qui n'ont pas besoin de visa.
Espagne : Visa de larga duración, Visa entrepreneur, Visa digital nomad (depuis 2023), Golden Visa (suspendu pour l'immobilier depuis 2024, maintenu pour investissements financiers). Là aussi, les ressortissants UE ont accès libre.
Conclusion selon profil
| Profil | Recommandation |
|---|---|
| Retraité avec pension < 50 000€/an | Italie ou Espagne (région favorable droits succession) |
| Retraité avec pension > 100 000€/an | Italie (flat tax 100k€) ou EAU |
| Digital nomad freelance | Portugal (D8 + IFICI si activité éligible) |
| Cadre salarié muté | Portugal (IFICI) légèrement avantageux vs Loi Beckham |
| Entrepreneur avec société | Portugal (Lda + IFICI) ou Espagne (Loi Beckham + SL) selon structure |
| Grand patrimoine (> 2M€) | Portugal (pas d'impôt fortune) plutôt qu'Espagne |
Avant de prendre votre décision, assurez-vous de bien comprendre les conditions pour rompre votre résidence fiscale française et les erreurs classiques des expatriés français pour ne pas payer deux fois.
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Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. La fiscalité internationale est complexe et évolue régulièrement. Consultez un conseiller fiscal qualifié avant toute décision d'expatriation. Les informations sont vérifiées à mars 2026 mais peuvent évoluer.