La holding à Dubaï : mythe et réalité
Sur les réseaux sociaux et dans certains forums d'entrepreneurs, la holding à Dubaï est présentée comme la solution miracle : créez une société dans une free zone émiratie, payez 0% d'impôt, profitez de la vie à Paris. La réalité est très différente — et potentiellement très coûteuse.
Cet article ne vise pas à décourager les projets d'expatriation aux Émirats Arabes Unis : c'est une destination parfaitement légitime et fiscalement avantageuse pour les vrais résidents. L'objectif est de vous protéger des montages qui se retournent contre leurs créateurs.
Pour la fiscalité complète de l'expatriation aux EAU, consultez notre guide fiscalité Français à Dubaï 2026.
Le scénario qui ne fonctionne PAS : résident français + société Dubaï
Le profil type du redressement
Jean-Michel, 38 ans, entrepreneur français. Il vit à Paris avec sa famille, sa résidence principale est en France, ses enfants sont scolarisés en France. Il crée une société dans la free zone DMCC de Dubaï (Dubai Multi Commodities Centre) pour facturer ses clients.
Ce que Jean-Michel espère :
- La société à Dubaï paie 0% d'IS (free zone)
- Les dividendes remontés de Dubaï vers lui à Paris sont peu imposés
Ce que l'administration fiscale française peut faire :
Étape 1 — Article 209 B CGI (CFC rules) : Jean-Michel est actionnaire majoritaire d'une société établie dans un pays à régime fiscal privilégié (EAU : taux IS < 60% du taux français, soit < 15%). L'administration peut imposer les bénéfices de cette société directement dans les mains de Jean-Michel en France, même sans distribution.
→ Jean-Michel paie l'IS français sur les bénéfices de sa société dubaïote
Étape 2 — Abus de droit (article L64 LPF) : Si l'administration démontre que la société n'a pas de substance économique réelle aux EAU (pas de locaux, pas d'employés, dirigeant en France), elle peut requalifier le montage en abus de droit.
Sanctions : rappel de l'impôt éludé + intérêts de retard (0,2%/mois) + majoration de 80% de l'impôt rappelé.
Étape 3 — Acte anormal de gestion : Les honoraires facturés à la société française depuis la société dubaïote peuvent être requalifiés si ils ne correspondent pas à des prestations réelles.
Les règles de substance économique aux EAU
Depuis 2019, les Émirats ont adopté les Regulations sur la Substance Économique (Economic Substance Regulations — ESR) en réponse aux pressions de l'OCDE et de l'UE.
Toute société émiratie exerçant une "activité réglementée" (holding, financement intra-groupe, IP, banking, insurance, distribution, etc.) doit démontrer une substance économique réelle aux EAU :
- Activités de base de gestion dirigées et exécutées aux EAU
- Direction adéquate (administrateurs présents physiquement aux EAU)
- Effectif adéquat (salariés)
- Dépenses opérationnelles appropriées aux EAU
- Actifs physiques appropriés aux EAU
Conséquences du non-respect : amendes de 10 000 à 50 000 AED la première année, 50 000 à 300 000 AED les années suivantes, échange automatique d'informations avec les pays étrangers concernés (y compris la France).
La nouvelle donne : l'impôt sur les sociétés des EAU depuis 2023
Depuis le 1er juin 2023, les EAU ont introduit un impôt sur les sociétés :
- 0% sur les profits < 375 000 AED (environ 95 000 €)
- 9% sur les profits > 375 000 AED
- Taux qualifié Free Zone : 0% sur les revenus qualifiés si la société remplit les conditions de substance
Ce que cela change pour une holding :
- Les revenus de dividendes de filiales ne sont généralement pas soumis à l'IS (exemption des dividendes)
- Les plus-values sur cession de participations sont généralement exonérées
- Les revenus passifs (intérêts, royalties) sont imposés à 9%
L'attrait fiscal d'une holding à Dubaï reste réel pour les vrais résidents fiscaux aux EAU qui ont une véritable activité là-bas.
Ce qui est légal : les scénarios qui fonctionnent
Scénario 1 — Vous expatriez réellement aux EAU
Si vous rompez effectivement votre résidence fiscale française (pas de foyer en France, pas de séjour > 183 jours, centre des intérêts économiques aux EAU) et que vous établissez votre résidence aux EAU :
- Vous n'êtes plus soumis à l'impôt français sur vos revenus étrangers (hors cas de source française)
- Votre société émiratie bénéficie du régime local (0-9% d'IS selon les revenus et la structure)
- Les dividendes versés à un résident émirati ne sont pas imposés à titre personnel aux EAU
Condition indispensable : rupture complète et effective de la résidence fiscale française. Pour les démarches, consultez notre checklist fiscale avant de quitter la France.
Scénario 2 — Holding internationale pour une PME en expansion
Une holding à Dubaï peut avoir du sens comme tête de groupe internationale si votre activité est réellement internationale (clients dans plusieurs pays, dont les EAU et la région MENA) et que vous êtes prêt à vous y établir réellement.
Dans ce cas, la holding peut centraliser les dividendes des filiales internationales avec une imposition minimale, sous réserve de substance économique réelle.
Scénario 3 — Investissement immobilier aux EAU
Les investissements immobiliers à Dubaï par des non-résidents sont légaux et courants. Les revenus locatifs sont soumis à la fiscalité française si vous êtes résident fiscal français. Pas d'intérêt fiscal particulier de passer par une société dubaïote — c'est même souvent contre-productif.
Exit tax et holding à Dubaï
Si vous détenez des parts de société et que vous êtes concerné par l'exit tax (patrimoine > 800 000 € ou participation > 50%), votre départ aux EAU déclenche l'exit tax et nécessite une caution bancaire pour obtenir le sursis (les EAU ne sont pas dans l'UE/EEE).
Lisez notre guide complet sur l'exit tax 2026 pour comprendre les implications.
Les professionnels à consulter
Ce sujet requiert impérativement l'intervention d'un fiscaliste international maîtrisant à la fois le droit fiscal français et le droit des sociétés émiraties. Les enjeux sont significatifs et les erreurs coûteuses.
Contactez-nous pour une mise en relation avec un expert en fiscalité franco-émiratie.
Cet article est fourni à titre purement informatif. Il ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique. Les règles fiscales décrites sont celles en vigueur en France et aux EAU en 2026 et peuvent évoluer. Consultez impérativement un professionnel avant toute décision.